Les ventes d'équipement agricole reculent depuis la fin de 2024, et 2026 n'a pas apporté le redressement que les concessionnaires espéraient. L'Association of Equipment Manufacturers (AEM), qui compile des rapports flash mensuels à partir des données de ses entreprises membres, enregistre maintenant plus d'un an de baisses marquées, d'une année à l'autre, des ventes de tracteurs et de moissonneuses-batteuses agricoles aux États-Unis et au Canada. Pour quiconque achète ou vend de l'équipement lourd usagé au Québec, cette tendance mérite d'être comprise — elle redessine les valeurs de l'usagé et crée des occasions des deux côtés d'une transaction.
Ce que montrent les chiffres de l'AEM
Les rapports mensuels de l'AEM racontent l'histoire cohérente d'un marché qui cherche encore son plancher :
- Décembre 2025 (bilan de fin d'année) : ventes de tracteurs agricoles américains en baisse de 14,8 % et de moissonneuses-batteuses en baisse de 4,3 % par rapport à l'année précédente; au Canada, tracteurs en baisse de 13,7 % et moissonneuses-batteuses en hausse de 26,1 %.
- Mars 2026 : ventes de tracteurs agricoles américains en baisse de 9,1 %, moissonneuses-batteuses en baisse de 25,3 % par rapport à l'année précédente; au Canada, tracteurs en baisse de 16,3 % et moissonneuses-batteuses en baisse de 60,6 %.
- Mai 2026 : ventes totales de tracteurs agricoles américains en baisse de 21,6 %, moissonneuses-batteuses automotrices en baisse de 56,1 % par rapport à l'année précédente; cumul annuel (janvier à mai) en baisse de 12,4 % pour les tracteurs et de 14,6 % pour les moissonneuses-batteuses.
Pourquoi le marché est mou
La presse spécialisée qui couvre le secteur — notamment farmdoc daily et RealAgriculture — pointe vers les mêmes causes qui reviennent mois après mois. Les prix du maïs et du soya sont restés assez bas pour comprimer les marges des producteurs, qui reportent donc leurs achats importants. Les taux d'intérêt demeurent élevés, ce qui augmente le coût du financement d'équipement neuf. Et les cours des concessionnaires — particulièrement pour les tracteurs et moissonneuses-batteuses à forte puissance — portent encore plus d'inventaire usagé qu'il y a quelques années, ce qui donne un rapport de force aux acheteurs et ralentit le roulement du neuf.
Il y a toutefois des signes précoces que le marché de l'usagé trouve un plancher. Sandhills Global, qui suit les annonces d'équipement usagé et les résultats d'enchères partout en Amérique du Nord, rapportait qu'en janvier 2026, l'inventaire de tracteurs usagés de 100 HP et plus était en baisse de 16,99 % par rapport à l'année précédente, alors que les valeurs aux enchères étaient en hausse de 1,89 %; l'inventaire de moissonneuses-batteuses usagées était en baisse de 11,43 %, alors que les valeurs aux enchères ont grimpé de 2,35 %. Sandhills décrivait les concessionnaires comme 'prudemment optimistes', notant que plusieurs marchés 'ont atteint un plancher et commencent à remonter'.
Le Canada et le Québec : un portrait différent
Les perspectives 2026 de Financement agricole Canada (FAC) pour l'équipement montrent la même pression sur le neuf — l'organisme prévoit de nouveaux reculs en 2026 pour les tracteurs neufs de 100 HP et plus (-5,6 %) et les moissonneuses-batteuses neuves (-6,7 %) — mais un portrait nettement meilleur pour l'usagé. FAC prévoit une hausse de 2,8 % des ventes de tracteurs usagés de 40 à 100 HP en 2026, et les ventes de presses à balles usagées avaient déjà bondi de plus de 30 % en 2025, portées en grande partie par la vigueur des prix du bétail qui soutient la modernisation de l'équipement fourrager et d'élevage dans l'est du Canada, y compris au Québec.
Autrement dit, le mélange québécois d'exploitations céréalières, laitières et d'élevage ne suit pas exactement la même vague que la Corn Belt américaine. La demande pour l'équipement d'élevage et fourrager a mieux tenu que celle des grosses machines de grandes cultures, où se concentre l'essentiel du recul américain.
Ce que ça signifie si vous achetez de l'usagé
Si vous attendiez un assouplissement des prix de l'usagé, les chiffres confirment ce que vous constatez probablement chez les concessionnaires : l'inventaire demeure élevé par rapport à il y a quelques années, et les prix demandés pour les gros tracteurs et moissonneuses-batteuses ont encore de la marge pour bouger. La tendance des valeurs aux enchères mérite toutefois d'être surveillée : les valeurs aux enchères des deux catégories ont remonté en janvier 2026 même si les prix demandés restaient mous, un signal souvent précoce qu'un marché est plus près du plancher que du sommet. L'occasion, en ce moment, tient moins à attendre un effondrement total des prix qu'à saisir de l'équipement propre et bien documenté avant que les prix demandés ne rattrapent une demande qui se raffermit.
Ce que ça signifie si vous vendez
Un marché plus mou ne veut pas dire que votre équipement ne se vendra pas — ça veut dire que les acheteurs sont plus sélectifs et mieux informés qu'il y a deux ans. Un dossier d'entretien propre, des photos honnêtes et un prix réaliste comptent davantage dans un marché lent que dans un marché rapide. Si vous ignorez où se situe votre machine par rapport aux valeurs actuelles de l'usagé, commander une évaluation de marché avant de publier votre annonce vous donne un chiffre défendable plutôt qu'une estimation à l'aveugle dans un marché qui bouge.
Nous continuerons de suivre les rapports mensuels de l'AEM et de mettre à jour ce texte à mesure que la situation évolue — revenez y jeter un coup d'œil si vous planifiez le moment d'un achat ou d'une vente selon la direction du marché.